Manèges 2012 _ Cycle de débats _ Autour du paysage comme variation artistique
Pour ce cycle de rencontres, La Maréchalerie, le Laboratoire d’Excellence Arts H2H et le LéaV « Art, architecture et nature » s’associent et proposent de croiser les points de vue de théoriciens et artistes autour des multiples déclinaisons du paysage contemporain, dans l’espoir de sortir la pensée et les pratiques du paysage de tout agencement purement décoratif ou utilitaire.

Le paysage n’est jamais la simple représentation d’une réalité extérieure, mais toujours le fruit d’une création ou d’une invention (dont l’historienne de l’art Anne Cauquelin a exposé les grandes étapes dans son ouvrage L’invention du paysage).
Cette réinvention constante de la nature entraîne des conséquences politiques, esthétiques et philosophiques, qui intéressent de près la pensée et l’art contemporains, engagés dans une réflexion sur tous les environnements qui nous entourent (y compris le paysage urbain et les nouveaux paysages virtuels). La réflexion sur le paysage, le végétal et le jardin devient aujourd’hui une composante essentielle d’une nouvelle imagination environnementale.
Sur une proposition de Manola ANTONIOLI (ENSA Dijon et énsa Versailles) ; Emeline EUDES (LADYSS CNRS) ; Vincent JACQUES (énsa Versailles), dans le cadre du LabEx Arts H2H et en partenariat avec le LéaV (axe de recherche interinstitutionnel « Art, architecture, nature »).
Equipe du projet : Roberto BARBANTI (Université de Paris 8) ; Silvia BORDINI (Université Rome Sapienza) ; Alain MILON (Université Paris Ouest Nanterre La Défense) ; Federico NICOLAO (ENSAPC) ; Lorraine VERNER (EBA Versailles).
DEBAT I _ Jeudi 8 novembre 19:00 à l'auditorium de l'énsa-v.Entrée libre.
Paysage et photographie
Avec Jean-Christophe BAILLY, théoricien et François DAIREAUX, artiste
Modération: Sylvain LIZON, directeur de l'ENSAPC
Cette rencontre entre le philosophe et essayiste Jean-Christophe BAILLY et François DAIREAUX, plasticien, est l’occasion d’aborder la notion de paysage comme espace construit et plastique sous l’angle de la photographie.
_ Pour Jean-Christophe BAILLY, la photographie, écriture de la lumière selon son nom, épouse naturellement le paysage, dans la mesure même où celui-ci est sans fin modelé et recomposé par la lumière. De cette lumière changeante, la photographie saisit des états et les fixe, elle immobilise ce qui était mouvement, elle agit comme une coupe violente : dans la matière qui est alors saisie toute la mémoire du paysage se tient silencieuse mais présente. Par la photographie, ce silence est creusé et sondé. Pure surface, il se tend dramatiquement. Le « « chant de la Terre » a été entendu.
_ François DAIREAUX débute sa pratique photographique en photographiant des réalisations sculpturales éphémères, travail préparatoire aux vastes ensembles déployés ensuite dans les lieux d'exposition. Le paysage est pour lui à cette époque essentiellement intérieur ; il s'agit de forer, de perforer, de carotter cette matière paysage. Mais progressivement il décide de s'exiler de l'atelier et commence à vagabonder dans de multiples contrés dont il ne comprends pas la langue. Ainsi s'établit un tout autre rapport avec le paysage, dont il devient l'étranger et l'interprète. L’artiste met en relation des mondes différents, tel que la photographie d'un paysage extérieur, réel, avec un paysage intérieur fabriqué dans son atelier. Il opère de multiples allers-retours, se colle au réel, pour faire s'entrechoquer différentes cultures, différents médiums et donner à voir comment l'homme et son environnement interagissent et font empreinte (paysage).
_ Jean-Christophe BAILLY est docteur en philosophie et enseigne l’histoire du paysage à l’Ecole nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois (ensnp) dont il dirige la publication Les Cahiers de l’École de Blois depuis 2003. Sensible à toutes les formes d’art, il a signé des monographies d’artistes tels que Kurt Schwitters, Jacques Monory et Gilles Aillaud. Il a également publié de nombreux essais et récits dont "La Ville à l’½uvre" (Paris, Bertoin, 1992), "Le Versant animal" (Paris, Bayard, 2007) et "Le Dépaysement. Voyages en France" (Paris, Seuil, 2011) dans lequel il développe une « géographie humaniste ».
_ François DAIREAUX est un artiste voyageur qui s’imprègne des cultures qu’il rencontre et s’en fait l’interprète. Son attention se porte sur l'expérimentation du geste et le travail manuel, la transformation de la matière, la variation de la forme à l'infini et l’empreinte du réel, du paysage et de la mémoire. Il présente en 2013 au centre d’art contemporain La Maréchalerie le projet Blow Bangles Production qui l’a mené à Firozabad en Inde à la découverte de l’industrie artisanale verrière. Cette exposition fait suite à une résidence réalisée en 2011 au Centre International d’Art Verrier (CIAV) de Meisenthal. Modérateur
_ Sylvain LIZON a étudié l’histoire de l’art et est diplômé de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles. Théoricien de la photographie, il a notamment dirigé le Centre photographique d’Ile-de-France (CPIF) à Pontault-Combault. Il est à la tête de l’Ecole nationale supérieure d’art de Paris Cergy (Val d’Oise) depuis 2010.
Essais & outils documentaires
_ Jean-Christophe BAILLY, Le Dépaysement. Voyage en France, Paris, Seuil, 2011.
_ François DAIREAUX, Monographie 1999-2009. Paris, Editions Liénart, 2009.
_ Jean-Christophe BAILLY : Les cahiers de l'Ecole de Blois, N° 10, Mars 2012 : Lire le paysage, Editions de La Villette, 2012 LIENS Rencontre filmée au Centre Pompidou avec Jean-Christophe Bailly à propos de son ouvrage Le Dépaysement. Voyage en France. http://www.dailymotion.com/video/xirpm9_jean-christophe-bailly-le-depaysement_creation
Site internet de François Daireaux : http://francoisdaireaux.free.fr/spip/ Textes sur l’oeuvre de François Daireaux : http://www.fillesducalvaire.com/?SITE=1&CURRLANG=1&CONT=artisthome&ARTIST=5
DEBAT II _ Jeudi 15 novembre 19h à l'auditorium de l'énsa-v. Entrée libre.
Paysage végétal
Avec Karine BONNEVAL, artiste; Gilles CLÉMENT, Paysagiste et Karen HOULE, philosophe
Modération: Lorraine VERNER, historienne de l'art
La rencontre, modérée par l’historienne de l’art Lorraine VERNER, sera l’occasion de faire dialoguer une artiste (Karine BONNEVAL), une philosophe (Karen HOULE) et un paysagiste et théoricien (Gilles CLÉMENT) autour des nouvelles perspectives théoriques et esthétiques ouvertes par les approches contemporaines du monde végétal.
_ Karine BONNEVAL propose, à travers la présentation d’images et d’extraits de films, de décrypter quelques-uns des thèmes de sa recherche plastique actuelle. Dans une installation réalisée en janvier dernier à la Maréchalerie, elle a expérimenté la création d’un environnement où végétal et artificiel se mélangeaient. Des centaines de plantes, augmentées d’ajouts synthétiques empruntés à l’univers cosmétique (les « phylloplasties »), dont même les parfums avaient été recréés, vivaient et poussaient dans une sorte de serre inversée. Cet environnement de plantes anthropomorphisées permet de s’interroger sur le naturel colonisé, domestiqué, manipulé et sur le rôle de la serre botanique comme un lieu de mainmise sur la nature. Le film Acclimatation, sorte de prologue à cette installation, montre un jardinier, vivant en autarcie dans une serre de plantes trafiquées, qui fait des expériences à la fois sur lui-même et sur ses hôtes végétaux, en une tentative de symbiose générant d’étranges rêves de forêt « vierge ». L’acclimatation reste le thème de ses nouvelles recherches. En croisant les voyages d’une plante dite invasive, la chromoleana odorata, et celle d’une communauté d’êtres humains, les Hmong de France, l’artiste aspire à montrer une nouvelle version des adaptations formidables du « vivant », sous ses formes multiples.
_ Gilles CLÉMENT interroge le regard auquel se trouve soumis aujourd’hui le « paysage végétal ». S’agit-il du territoire du naturaliste, de celui du jardinier, du peintre ou encore de celui de l’écologue ? Le paysagiste, au sens général du terme, ne s’encombre pas forcément du végétal. Certains professionnels du paysage tirent même une certaine fierté de leur ignorance de ce monde confus, réservé aux poètes désuets et aux ayatollahs de la science. L’avènement de l’écologie au XXe siècle, la conscience de la finitude écologique, de l’importance et de la fragilité de la biodiversité planétaire, nous obligent à regarder le « paysage végétal » sous un angle nouveau. Regard teinté d’inquiétude devant un savoir perdu ou jamais acquis : comment nommer une espèce donnée, quel rôle joue-t-elle dans l’environnement ? Ce paysage est-il viable, aimable, mangeable ? Plus généralement, comment faire avec la nature et non contre elle ?
_ Karen HOULE situe sa pensée à contre-courant de la philosophie et de l’éthique animales contemporaines. Elle essaiera de démontrer qu’il est impossible d'arriver aux plantes comme objet de préoccupation éthique, ou même comme un objet propre à la pensée, si on commence avec le concept d'animal en voulant par la suite suivre une piste ou une trajectoire de l'animal aux plantes. Le concept d'animal a fonctionné souvent, dans l’histoire de la pensée, comme une sorte de piège mental, conceptuel, culturel. Les efforts actuels pour étendre les domaines éthique, politique et philosophique pour inclure les plantes (le royaume vert) pourraient aider à déjouer ce piège et à forger une nouvelle pensée, plus étendue, des rapports entre l’humain et les non-humains. Elle essaiera également d’aborder, en se référant à des données empiriques issues de la botanique, deux qualités concrètes du « devenir-plante » (les modes de communication des végétaux et leurs symétries) pour établir des liens entre ces qualités et une politique, une éthique végétales à venir.
_ Karine BONNEVAL est artiste plasticienne ; après des études aux Beaux-arts d’Angoulême (1992) et aux Arts décoratifs de Strasbourg (1994), elle met en évidence dans ses pièces un tribalisme propre à l'occident, qui se révèle dans les rapports de force, de séduction, de prise de pouvoir sur l'autre. Elle est représentée par la galerie Martine et Thibault de la Châtre depuis 2001. Son travail actuel se fonde sur la manipulation du vivant par l’humain et sur les voyages comparés des hommes et des plantes, à travers des installations « phylloplasties » et des « films botaniques ». Elle a imaginé une serre de plantes augmentées pour la Maréchalerie en janvier 2012.
_ Gilles CLÉMENT est paysagiste de formation et enseigne depuis 1979 à l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles. En 1999, il a été le commissaire de l’exposition Le Jardin planétaire à la Grande Halle de la Villette. En 2011-2012, il est titulaire de la Chaire annuelle de création artistique au Collège de France. Sa leçon inaugurale a été publiée sous le titre Jardins, paysage et génie naturel. Parmi ses nombreux écrits, on peut rappeler Manifeste pour le tiers paysage (Editions Sujet/Objet, 2004), Le jardin en mouvement (Paris, Editions Sens et Tonka, 2004), Une écologie humaniste (Editions Aubanel, 2006), Toujours la vie invente (Paris, Editions de l’Aube, 2008) et Une brève histoire du jardin (Paris, L’¼il neuf, 2011).
_ Karen HOULE est poète et philosophe, maître de conférences à l’Université de Guelph, au Canada. Ses recherches croisent la biologie, l’histoire et la philosophie des sciences, ainsi que la philosophie politique. Elle a publié les recueils de poèmes Ballast (House of Anansi Press) et During (Gaspereau Press) ainsi que de nombreux articles consacrés à la philosophie contemporaine française, à la pensée de l’animal et à l’ « ontologie des plantes ».
_ Lorraine VERNER est historienne et théoricienne de l’art, titulaire d’un doctorat de l’EHESS. Elle enseigne actuellement à l’Ecole des Beaux-arts de Versailles et est également chargée de cours à l’Université de Paris Ouest - Nanterre La Défense. Elle est membre de l’équipe de recherche « Art et écosophie » (Paris 8, EBA Versailles, Roma Sapienza, NABA de Milan).En savoir plus
Essais & outils documentaires
_ CHARBAU Gaël, RAMADE Bénédicte, DALLA BERNARDINA Sergio, Je cherche des parfums nouveaux, des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés, Versailles, Editions de La Maréchalerie, 2012.
_ CLÉMENT Gilles, Une brève histoire du jardin, Paris, L'¼il neuf, coll. Brèves Histoires, 2011.
_ HOULE Karen, coll., Devenir-plante in « Ecosophie », Chimères n°76, éres, 2008.
_ LIENS Site officiel de Gilles Clément : http://www.gillesclement.com/ Cours de Gilles Clément au Collège de France : http://www.college-de-france.fr/site/gilles-clement/ Emission Hors Champs sur France Culture (06.10.2011) Entretien de Laure Adler avec Gilles Clément : http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-gilles-clement-2011-10-06.html Site officiel de Karine Bonneval : http://www.karinebonneval.com/ Blog de Karine Bonneval : http://karinebonneval.blogspot.fr/
DEBAT III _ Jeudi 22 novembre
Paysage urbain
Avec Anne CAUQUELIN, philosophe et Katia GAGNARD de l'association "Etienne Boulanger"
Modération: Manola ANTONIOLI et Vincent JACQUES, philosophes
DEBAT IV _ Jeudi 6 décembre 19h à l'auditorium de l'énsa-v. Entrée libre.
Paysage sonore
Avec Roberto BARBANTI, théoricien et Pessi PARVIAINEN, artiste
Modération: Emeline EUDES, théoricienne de l'art
Comment sonne un paysage ? Et d’ailleurs, pourquoi un paysage devrait sonner ? Si on y tend l’oreille, pourtant, ça bruisse, ça souffle, ça fourmille. Mais pas seulement. Ça murmure aussi, quand les strates du paysage contiennent l’histoire du lieu, de ses habitants, de ses promeneurs, passés, présents et à venir. Lorsque les voix, animales et humaines, se mêlent à la rencontre des éléments, naturels ou construits, c’est tout un monde de sons et de bruits qui retentissent à travers l’espace. Au fil du travail de l’artiste finlandais Pessi Parviainen, nous découvrirons l’enquête qu’il mène depuis plusieurs années dans la dimension sonique de notre monde. Qu’il s’agisse de paysages naturels ou urbains, de paysages historiques ou quotidiens, on verra que l’espace est loin de sonner le même et que chaque lieu possède une identité sonore propre, qui pose bien des questions au philosophe. Doit-on parler d’environnement ou de milieu lorsqu’on aborde le paysage sonore ? Comment le performeur sonore conçoit-il son rôle au sein d’un espace acoustique ? Comment intervient la dimension visuelle dans l’exploration d’un paysage sonore ? Voilà quelques questions qui nous paraissent dérouler des cheminements féconds pour aborder un nouveau pan de paysage.
_ Roberto Barbanti est maître de conférences (HDR) auprès du département Arts Plastiques de l’Université de Paris 8 (Saint Denis, France). Après des études de philosophie à l’Université de Florence (Italie) et de musique électronique auprès du Conservatoire Luigi Cherubini de la même ville, il rédige une thèse en « Art et sciences de l’art » à l’Université de Paris I. Co-fondateur du centre PHAROS, Centre d’études et de recherches sur la philosophie, l’art et la science, (San Leo, Italie), il est également co-directeur de la revue Sonorités et directeur scientifique du LAMU (Laboratoire Acoustique Musique Urbaine) de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris la Villette et membre du groupe de recherche « Art et écosophie ». Spécialiste d’écologie sonore, il a notamment publié avec Pierre MARIÉTAN, Sonorités, N° 7, (Écologie sonore entre sens, art, science), septembre 2012, Nîmes, Champ Social Éditions.
_ Pessi Parviainen a étudié les arts visuels et la sculpture en Finlande, avant de s’orienter vers la musique (composition et improvisation) au Canada. Il est aujourd’hui doctorant à l'Académie de Théâtre de Helsinki. Son travail explore des rencontres entre la dimension sonore de sites spécifiques, la présence de musiciens sur ces mêmes sites et la réception du public. www.pessiparviainen.com Modération
_ Emeline Eudes est chercheuse associée en esthétique environnementale au sein du LADYSS (Laboratoire Dynamiques sociales et recomposition des espaces). Elle assure par ailleurs la coordination pédagogique du programme de post-diplôme Artiste Intervenant en Milieu Scolaire à l’ENSBA – Paris.
Rendez-vous aux dates indiquées à 19h à l'auditorium de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Versailles. Entrée libre et gratuite.